Critique

Livre: Liberté, oui mais pour qui?

Cette semaine nous parlons de « La ferme des animaux » de George Orwell, publié en 1945.

Ce roman est tout-à-fait captivant! Il raconte l’histoire des animaux de la ferme du Manoir dirigée par Monsieur Jones, un homme d’âge mur qui commercialise la production alimentaire de ses animaux. Ceux-ci ne font que travailler, manger et dormir. Ils n’ont pas de loisirs, pas de temps pour se cultiver ou pour se consacrer à des activités qui  leur plaisent. Un jour, Sage l’Ancien (un cochon d’âge mur déjà à la retraite) interpelle les habitants de la ferme afin de leur faire part d’un rêve qu’il a fait. Il leur annonce qu’il a longuement médité sur le sens de la vie, et que celle qu’ils vivent en est une de labeur et de misère. Il se demande la raison pour laquelle malgré tous les efforts qu’ils fournissent chaque jour, ils n’ont pas les moyens de profiter de la vie. Sa conclusion: c’est la faute de l’homme. Il doit donc être expulsé, afin que les animaux puissent se gouverner. Sage l’Ancien décède deux jours après son discours, mais son message reste imprégné dans le coeur des habitants de la ferme. Finalement, la révolution a lieu, une guerre s’ensuit, qui est dirigée par les cochons. Puisqu’ils sont considérés comme les animaux les plus intelligents de la ferme, ils mènent le troupeau. Monsieur Jones s’enfuit et les animaux gèrent leurs propres affaires. Victoire? Pas si sûre…

La révolution avait pour but d’améliorer le sort de ces pauvres bêtes, et de mettre en place des principes d’égalité et d’équité pour tous. Les voici: «Tout deuxpattes (homme) est un ennemi. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami. Nul animal ne portera de vêtements. Nul animal ne dormira dans un lit. Nul animal ne boira de l’alcool. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux ». Progressivement, les commandements changent… Le plus important : « Tous les animaux sont égaux » devient « Tous les animaux sont égaux mais certains le sont plus que d’autres ». Un peuple crédule, peu éduqué, dépendant, des dirigeants partisants d’une même cause mais qui se tournent les uns contre les autres en quête de pouvoir, manipulent, terrorisent et force la population à accepter toutes les actions posées. Croyez-moi certaines de ces actions sont atroces! L’ambiance dans laquelle baigne l’histoire est sombre. Par contre, elle nous amène à nous indigner et à nous réveiller. On dit que le roman est une critique du régime totalitaire de Staline, et que les deux cochons maîtres du Soulèvement, Napoléon et Boule de Neige, sont une métaphore représentant Staline et Trotsky. Je vous invite à tirer vos propres conclusions.

Un autre aspect important et intéressant de ce roman est qu’il est toujours d’actualité! On peut superposer les méthodes de manipulation à ce que l’on voit tous les jours soit à la télévision, ou dans les médias financés par les grandes corporations. Les mécanismes utilisés sont plus subtiles, mais tout aussi efficaces. Merci aux médias indépendants!

La vie de l’auteur est aussi impressionnante que son livre, et permet de comprendre ce qui l’a inspiré à écrire ses deux plus grandes oeuvres: « 1984 » et « La ferme des animaux ». George Orwell, né Éric Arthur Blair, vient au monde en 1903 dans une famille aisée. Il est un  étudiant brillant, ce qui lui procure une bourse. Il peut ainsi continuer des études de niveau supérieur dans les écoles les plus prestigieuses de Londres. Après ses études, il part pour la Birmanie, ou il devient sergent pour la Police impériale, tout ça par des connections familiales. Ces années lui font perdre sa naïveté quant au bien-fondé de la politique coloniale. Il commence alors à écrire ses impressions sur ce qu’il vit. Parmi ses premiers écrits on compte un essai « La Pendaison » ( titre assez éloquent!) et un roman « Une histoire Birmane ». Ses premières tentatives d’écriture lui dévoilent sa vocation d’écrivain. Vocation de faire « de l’écrit politique un art ». Il rentre en Angleterre et annonce à sa famille qu’il abandonne tout pour se consacrer à l’écriture. C’est à ce moment qu’Orwell commence à s’intéresser aux conditions de vie et de travail de la classe ouvrière. Ses écrits laissent transparaître son affiliation aux idéologies socialistes. En 1933, il publie le roman « Dans la dèche à Londres et à Paris», dans lequel il raconte les années durant lesquelles il a vécu dans la pauvreté et s’est occupé à suivre le quotidien de personnes démunies, telques les clochards. En même temps, il contribue à plusieurs journaux et magasines. En particulier, The Tribune un journal de gauche radicale. Il s’implique de plus en plus dans des organisations sociales. Il devient producteur à la BBC ou il produit des émissions sur la guerre. Ses émissions sont diffusées en Inde. Son dévouement pour les personnes démunies est palpable et expansif. On ne s’ étonne pas qu’il ait créé des oeuvres aussi politiques et merveilleuses, et ce malgré la tuberculose qui l’accable. Il meurt peu après la publication de «1984» en janvier 1950.

Plongez-vous dans cet univers où l’homme est un animal et les animaux deviennent des hommes.

Share this:

1 Commentaire

  1. Kenley Bel

    23 juillet 2012 at 23:11

    Un de mes livres favoris d’ailleurs je crois que l’on devrait instauré cette lecture dans le curriculum des jeunes puisque cette parodie du régime de Staline nous présente la culture « animale » des humains. Merci pour ton résumé.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.