Critique

Retour sur le Festival Vues d’Afrique : Déjà 30 ans!

Du 25 avril au 4 mai 2014, j’ai eu le plaisir d’assister à la projection de films à saveur africaine et antillaise dans le cadre du Festival Vues d’Afrique. Ce Festival maintenant trentenaire, a su attirer et conserver une clientèle fidèle au fil des années. Je tiens personnellement à offrir mes remerciements à Monsieur et à Madame Le Chêne d’avoir pris l’initiative de monter ce projet et d’avoir bâtie une équipe solide qui a permis la durabilité du Festival.

La soirée d’ouverture a eu lieu à la salle de cinéma Impérial et était dirigée par Éric M’Boua (réalisateur du documentaire UN DINER PAS COMME LES AUTRES), documentaire intéressant, qui dévoile les préparatifs nécessaires à la réalisation d’un événement de plus en plus prisé, le Dîner en blanc à Montréal et à Abidjan.

Le Festival Vues d’Afrique a été parrainé par Philippe Fehmiu et Dorothy Rhau qui avec leur charme et sens de l’humour ont su apporter une touche toute personnelle à la soirée!

Dimanche le 4 mai, les réalisateurs et producteurs de courts et longs métrages ont été récompensés à l’ONF (Organisation Nationale du Film). Les projections ont été placées dans les catégories suivantes: Internationale Fiction, Internationale documentaire, Afrique Connexion, Regards d’ici, Droits de la personne. Éric M’Boua nous a encore une fois énergiquement accompagnés tout au long de la cérémonie. Pour la sélection Fiction, Denis Chouinard et Sheila Petty ont choisi C’EST EUX LES CHIENS de Hicham Lasri  « pour l’audace de la mise en scène, l’utilisation  de la caméra subjective, le courage du scénario, qui remet la contestation d’aujourd’hui dans les pays arabes dans une perspective  historique de manière originale et novatrice. » Le prix court métrage de cette catégorie a quant à lui été remis au film LES JOURS D’AVANT de Karim Moussaoui « pour sa construction scénaristique, la qualité de la mise en scène mettant en valeur la lumière naturelle et des décors  d’un réalisme cru et décapant. » Le film QANIS de Reda Mustafa a reçu une mention spéciale « pour le courage d’évoquer un sujet aussi  douloureux et tabou, pour le jeu de son acteur principal, Lounès  Tazairt, et l’interprétation  sincère et touchante de celui-ci. » D’après moi, il faut également reconnaître l’animal de compagnie de l’acteur principal, qui avec son petit caractère, en a fait rire plus d’un dans la salle avec ses expressions faciales!

La revue Notre Afrik a remis le Prix de la meilleure actrice à Nadège Beausson-Diagne (Family Show) « pour sa réussite  à développer un personnage complexe, pour la richesse et la versatilité de son interprétation nous montrant la grandeur  de son talent d’actrice. » Le  prix du meilleur acteur à quant à lui été décerné à Hassan  Ben Badida pour C’EST EUX LES CHIENS « pour un jeu touchant, qui nous ouvre une perspective sur ces années de plomb marocaines peu connues jusqu’à présent. »

Pour la section documentaire les prix ont été décernés par Carmen Garcia, Michel Leclerc et Nahed Nourredine. Le prix meilleur long-métrage a été remis à Dom Pedro pour TANGO NEGRO « pour la pertinence du propos, l’originalité du sujet, la révélation d’un enjeu identitaire et culturel  méconnu, les liens  entre l’Amérique et latine et l’Afrique, la limpidité  du traitement, la recherche. »

Une mention spéciale a été attribuée à ASSISTANCE MORTELLE de Raoul Peck. « Le jury souligne la fluidité de la narration et du commentaire, la force du propos sans didactisme, la fluidité  du scénario et du traitement, ainsi que l’importance et l’actualité du sujet. » Bien plus encore, ce documentaire nous amène à faire une réflexion sur le rôle et la place des ONG (Organisations non gouvernementales) et des organismes humanitaires dans les situations de crises internationales.

Pour ce qui est du court-métrage, le prix est remis au film LA LARME DU BOURREAU de Layth Abdulamir. « Le jury souligne le traitement de l’image , la sobriété du propos  et du traitement, l’accès  privilégié aux personnages. »

Dans la catégorie Afrique connexion, le jury était composé de  Martin Chevalier, Stéphanie Otou, et Alya Trad. Les prix de cette catégorie sont offerts par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Le prix du meilleur long-métrage a été remis  à MALAGASY MANKANY de Haminiaina Ratovoarivony. « Le jury mentionne  l’invitation au voyage  dans le pays, le traitement des problématiques actuelles et réelles-malgaches et africaines, le jeu des acteurs. »

ET SI DIEU N’EXISTAIT PAS d’Alain Guikou est également reconnu pour « la fin innattendue, l’immersion dans la culture africaine par les nombreux détails, la mise en scène  et le tournage. »

Le meilleur court-métrage de cette catégorie est remis à L’AUTRE FEMME de Marie Ka « pour le courage du sujet, la subtilité et le raffinement dans le traitement  d’une problématique très peu  abordée, les images fortes qui racontent  une histoire  par elles-mêmes, le beau cadrage et la couleur de l’image. »

Deux mentions spéciales à ne pas négliger sont décernées aux films  LA RADIO de Armand Brice  Tchikamen et Fidèle Kofi. « Le générique du début qui capte immédiatement l’attention- qui nous transporte dans le film, le montage son-image, l’humour dans le scénario. » Et à HOLD STRONG de Marius Bonfeu « pour le tournage captivant, la réussite de passer en moins de trois minutes un message très fort, un message politique très puissant. »

Le Prix de la meilleure série et feuilleton télé est remis à C’EST ÇA KIN de Aly Zazi « pour le bon jeu des acteurs, et l’envie d’en connaître plus en nous gardant sur notre faim. »

Dans la catégorie REGARDS D’ICI, le jury était composé de : Marie-Andrée Corneille, de François Milette et de Gilles Tremblay

Le Prix pour la meilleure production indépendante est remis à VIE PIGMENTÉE de Vic Sarin. « Un sujet pointu qui génère une réflexion différente sur le racisme, réflexion sur le thème du statut social et du pouvoir relié au colorisme dans différentes sociétés, émouvant, bien mis en images, tour du monde accrocheur et inspirant qui nourrit bien le sujet à travers des témoignages intimes et poignants de gens crédibles, attachants, très belle direction photo. »

Le Prix pour la meilleure production indépendante ONF est décernée à POUR UNE NOUVELLE SÉVILLE de Kathy Wazana. « Éclairant un pan méconnu de l’histoire des juifs d’Afrique du Nord, émouvante évocation de la cohabitation harmonieuse arabe et juive et des raisons politiques qui ont forcées leur exil, quelques personnages très attachants qu’on a aimé suivre. » L’histoire de Shira Ohayon est particulièrement émouvante, car née en Israël de parents Juïfs marocains, elle décide d’aller au Maroc pour répondre à sa quête d’identité. Cette quête d’identité ne laisse personne indifférent.

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Ensuite, le Prix de la Relève Via Le Monde est remis à RACHEL, LA STAR AUX PIEDS NUS d’Hélène Magny et Pierre Mignault. «  Beau, troublant, dur et bouleversant. Réplique coup de poing au film Rebelle qui prouve que la réalité dépasse la fiction ; on est happé par Rachel et ses mots, sa force, son humanité ». Rachel a un tempérament fougueux qui laisse une impression de force et de volonté qui garantissent son succès. La discussion qui a suivie la projection du film était des plus enrichissantes. Malheureusement, l’étoile du film était absente lors de la projection et de la discussion. Il aurait été fascinant de lui parler directement pour en savoir davantage sur ses impressions.

Le Prix court-métrage Regards d’ici est remis à FAIRE TERRE ET MÈRE de V. Bellefleur, I. Gomez-Martin, M.Huysmans, M.Rahimi, et F. Tanguay . « Pour son audace d’avoir traité un sujet difficile sans trop de compromis, bon condensé d’un sujet choc qui nous happe, film courageux. »
Pour la catégorie DROITS DE LA PERSONNE le jury était composé de Karine Villeneuve, Nadia Zouaoui et Zakaria Lingane.

Le prix Droits de la personne est offert par le CIDIHCA  à C’EST EUX LES CHIENS de Jawad Rhalid. « La réussite d’un docu-fiction, pour le devoir de mémoire : avec une mémoire défaillante du persécuté, la créativité de la forme et du traitement, la dénonciation du sensationnalisme des médias, le jeu de l’acteur. »

Une mention spéciale à MILLEFEUILLE de Nouri Bouzid. « Le film montre bien la complexité de la société maghrébine vu l’importance du sujet. Le film ne tombe pas dans le manichéisme. »

Le Prix court-métrage est remis au film RWANDA, L’ENQUÊTE MANIPULÉE de Philippe Lorsignol. « Excellente investigation journalistique, enquête parfaite qui ne suggère pas une position, le film fait confiance au libre jugement du spectateur par rapport à la réalité des faits exposés, musique très présente et bon montage. »

Une mention spéciale est décernée à RETOUR À MONTLUC de Mohammed Zaoui. « Pour son bon montage, film très touchant et le sujet qui n’a pas vraiment été traité. »

 

Sans remettre en question les gagnants sélectionnés, je souhaite vous faire part de mes coups de coeur parmi les films que j’ai pu visionner: AYA DE YOPOUGON réalisé par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie pour une histoire commune et tragique racontée avec humour, dérision et légèreté, et ASSISTANCE MORTELLE de Raoul Peck pour son intégrité, le traitement d’un sujet lourd et déconcertant de façon romanesque.

Que nous réserve l’édition de 2015?

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