Culture

Petite causerie avec BélO…

Lors des dernières FrancoFolies, Montréal a accueilli chaleureusement l’artiste haïtien BélO (récipiendaire du Prix Découvertes RFI en novembre 2006, il a également 4 albums à son actif: Référence, Lakou Trankil, Haïti Debout, Natif Natal et par-dessus tout, il est père de famille).

Je me rappelle que ce fameux 16 juin 2015, ces fans se sont déplacés nombreux et bien évidemment, il y avait dans la foule des non-connaisseurs de la musique de BélO et ils ont tout de même apprécié sa belle musique qui est en fait, un mélange de reggae-soul avec des agréables touches de rock et de rythmes traditionnels haïtiens…

En ce qui me concerne, j’ai connu BélO lorsqu’il a sorti son hit «Jasmine» il y a de cela près de 10 ans et je n’ai pas arrêté de l’écouter depuis…

J’ai eu l’occasion de lui parler lors de son passage de trop courte durée et j’ai découvert un être d’une extrême douceur et d’une profonde gentillesse.

Une véritable force tranquille.

BélO a accepté de m’accorder une entrevue et je suis plus qu’heureuse de vous présenter notre échange.

J.S- BélO, tu m’intrigues beaucoup tu sais. Ce que je trouve génial c’est ta versatilité car tu arrives à cadrer dans plusieurs styles musicaux, allant ainsi toucher plusieurs publics. Comment définis-tu ta musique?

BélO- Ma musique est une fusion, une musique à l’image de mon pays: Haïti.
Haïti, pays de la Caraïbes dans les Antilles, pays des africains des Amériques. Nous avons une grande richesse culturelle constamment en évolution, c’est un pays qui ouvre ses portes à tout le monde et donc à toutes les cultures, nous sommes donc influencés par plusieurs cultures pour donner cet amalgame (diversité culturelle).

J.S- Dans ta musique, nous découvrons une âme particulièrement sensible à la cause des jeunes, dans un pays où ceux-ci représentent plus de 65% de la population, et qui se soucie particulièrement à leur éducation.

Crois-tu en un changement réel et tangible dans cet aspect des enjeux haïtiens?

BélO- Si je n’y croyais pas, je ferais autre chose que la musique. Nous sommes un peuple jeune et culturel. La musique est un vecteur de communication et d’éducation direct et donc, joue un rôle prépondérant dans ce changement dans l’éducation de la jeunesse.

J.S- Haïti est un pays extrêmement créatif, les gens qui y vivent sont des artistes sans même le savoir parfois… Que ce soit dans le domaine de la peinture, de l’artisanat, de la musique, du théâtre et j’en passe…

Crois-tu que l’art a le pouvoir de déclencher une sorte de révolution dans ce pays?

BélO- Moi j’aime bien dire que Haïti est un pays essentiellement culturel, la musique a joué un rôle important dans la révolution de 1789 qui a donné naissance à la première république noire indépendante. La culture permet à ce peuple de rester en vie et surtout à donner une envie de vivre.
L’art peut facilement déclencher une révolution mentale dans ce pays.

J.S- Ce n’est présentement pas la joie en République Dominicaine avec ces centaines de milliers de dominicains d’origine haïtienne et migrants haïtiens qui sont apatrides, qui n’ont pas le droit à l’éducation ni aux services de santé, qui se font maltraités pour le simple fait de venir d’Haïti et par-dessus le marché, qui sont menacés de quitter le terrain dominicain.

Quelles solutions as-tu à apporter en ce qui concerne ces atrocités?

BélO- Le problème entre les deux Républiques de l’île d’Haïti n’est pas un simple problème entre deux peuples, c’est un problème qui concerne la race humaine. L’homme fait l’exploitation de l’homme, les hommes ont fait des guerres de toutes sortes mais restent encore dépendants les uns des autres pour les relations humaines, commerciales, diplomatiques, culturelles, etc. Nous sommes les différents éléments qui constituent la beauté du monde (dans sa diversité). Ce problème ne devrait pas être considéré entant que problème des citoyens de l’île mais plutôt un problème entre des citoyens du monde. C’est un problème qui doit se régler dans le dialogue et dans le respect des droits de l’homme.

J.S- BélO, je te l’ai dit déjà, tu me fais étrangement penser à Ti-Manno (chanteur haïtien engagé et assoifé de justice). Je me souviens que dans l’une des chansons de Ti-Manno, il disait: «Il n’y a pas d’heure blanche ni d’heure noire, il y a l’heure juste…»
Tu es doté d’une réelle force tranquille et tes paroles ont le pouvoir de mener à une véritable révolution pacifique. Je tenais à te le dire.

Maintenant dis-moi, à quand ton prochain passage à Montréal?

Merci Jennifer d’avoir pris le temps de me rencontrer, merci pour ton appréciation pour mon travail, le prochain passage à Montréal…
J’espère que ce ne sera pas dans longtemps…
Amour et respect.

Merci beaucoup BélO, koutchapo et on se dit à bientôt 🙂

Jennifer Sidney

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