Une entrevue avec Zaynab Bourezza

Dans le cadre du Festival Fringe, Le Uptown Crew présentera sa première pièce: LE VENIN DE JOCASTE, du 7 au 15 juin 2019 au Conservatoire de Montréal (04-Studio Multimédia, 4750 Henri-Julien).

Mise en scène par: Robine Kaseka
Interprété par: Alexandre Bandean + Nihad Kharijah + Maria Marsli + Robine Kaseka
Texte par: Zaynab Bourezza

Le Venin de Jocaste. L’histoire est bâtie autour d’une relation mère-fille toxique. On veut donner parole à des personnages féminins complexes, chambouler les préconceptions sur la maternité (et les liens familiaux) et montrer ce qui se cache sous le masque social, lorsqu’enlevé dans la sphère privée, notamment pour normaliser les discussions sur la maladie mentale et mettre la lumière sur l’abus psychologique qui passe souvent inaperçu dans les communautés et familles racisées.

C’est très heureuse et excitée que j’ai eu l’occasion d’avoir en entrevue une artiste émergente à surveiller. Je vous présente: Zaynab Bourezza.


En quoi le public risque de se retrouver en allant voir la pièce?

On sait que la maladie mentale reste un sujet délicat, même encore aujourd’hui. Quand on grandit dans un environnement malsain ça peut forger et limiter notre personne jusqu’à ce qu’on se réveille pour décider si on veut travailler sur nous-mêmes ou rester dans nos habitudes (ex. mécanismes de défense, sabotage, etc.). C’est plus courant qu’on le croit, mais très peu en parlent.

Et la pression familiale et sociale sont des sujets très présents dans cette pièce et je pense que chaque membre du public a, à un moment dans sa vie, vécu cette pression indirectement ou directement.

Quel est le but principal de cette pièce? Provoquer, Éduquer, Amener le public à réfléchir, etc?

L’amener à réfléchir et à questionner les règles de société, la norme. L’un des buts est aussi d’exposer l’hypocrisie qui peut se retrouver dans certaines communautés immigrantes et même dans la communauté québécoise. Si certaines personnes peuvent se sentir comprises, écoutées, si ça peut leur donner la force de partager leur expérience, j’en serais ravie.

On retrouve dans cette pièce des rôles féminins très forts. Considères-tu cette pièce comme étant féministe?

Oui. Je cherche à écrire des personnages féminins complexes et humains. Une femme qui enfante n’est vue que comme une mère au service de sa famille. Les parents ont la responsabilité de prendre soin d’eux-mêmes, ici on voit comment une blessure psychologique non traitée, peut se transmettre à travers des générations.

Croyez-vous que cette pièce est un reflet de notre société?

Le fait d’avoir une pièce teintée par les valeurs et les réalités des immigrants amène à croire que ça ne représente pas la totalité de la société, mais je suis prête à dire que les thèmes sont universels. Ça serait plutôt un reflet des failles de la société peut-être.

Que représente, pour toi,  la présentation de cette pièce au public?

Je pense que voir son histoire racontée surtout au théâtre en tant que personne racisée c’est une expérience nouvelle pour certains (je m’y inclus) qui nous donne la force de continuer à se battre, mais aussi la possibilité d’en vouloir plus, mais surtout d’en mériter plus.
Ce n’est pas juste ma pièce, tout le collectif y a contribué. Pour le nous ça représente notre premier gros projet ensemble, nous sommes très contentes et fières! Nous sommes parties de rien, aucune bourse ou aide financière

Quel type d’audience pensez-vous attirer lors des représentations?

On aimerait que ce soit le plus diversifié possible autant au niveau des âges, des classes sociales et des nationalités.

Quels sont les autres thèmes/sujets abordés dans cette oeuvre?

La maladie mentale (la dépression et le trouble de personnalité narcissique), le sexisme, la religion, le choc intergénérationnel pour n’en nommer que quelques-uns.

L’audience aura-t-elle droit à un drame ou une comédie?

Je dirai que c’est beaucoup de drame avec des petites touches de comédie.

Nommez 3 mots/adjectifs décrivant la pièce?

Est-ce que je dois te les dire maintenant? (rire) Monstrueuse, Vulnérable et Brute!

Question bonus:

Comment cette idée est-elle née?

Ma relation avec ma mère a été conflictuelle et très intense durant mon adolescence, mais sans la violence physique entre les deux personnages qu’on voit dans la pièce. J’ai fait beaucoup de recherche et de lecture pour comprendre ce phénomène. J’ai constaté que beaucoup de personnes racisées ont grandi avec de l’abus physique et/ou psychologique normalisé que ce soit de la part de parents ou de la famille éloignée. On utilise souvent la religion, le genre, l’éducation pour contrôler les filles et femmes dans certains cas, avec de bonnes intentions, mais qui au final étouffent ces dernières.
Je pense que pour parler de la maladie du trouble de personnalité narcissique, le théâtre est le meilleur médium puisque ce genre de personnalité est fragmenté. Il y a le visage public et celui privé.

Quand: 7 au 15 juin 2019
Où:  Conservatoire de Montréal (04-Studio Multimédia, 4750 Henri-Julien)
Prix: entre 8 et 12$

Pour plus de détails et pour vous procurer des billets:
https://montrealfringe.ca/evenement/le-venin-de-jocaste/

À PROPOS DE ZAYNAB BOUREZZA . Born and bred à Côte-des-Neiges, Montréal. Certains de mes textes sont apparus dans Le Pied, Minorités Lisibleset Art/iculation Magazine. J’ai un bac en scénarisation et création littéraire de l’UdeM. J’ai eu la chance d’être mentorée au Black Theatre Workshop en 2018-19. Je fais présentement partie d’un collectif féminin, le Uptown Crew (insta @uptowncrew514). Nous produisons film et théâtre. Le Venin de Jocaste, une pièce que j’ai écrite au sein du collectif a été présentée d’abord au festival féministe Revolution They Wrote, une version allongée sera bientôt au Festival St-Ambroise Fringe de Montréal du 7 au 15 juin.

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